Sentir le fagot
exp.
1. Être mécréant, avoir des idées trop libres en matière de religion (donc être promis au bûcher)
2. Plus généralement, s'applique à toute personne, opinion ou oeuvre générant un scandale ou inspirant de la méfiance, car susceptible d'être condamnable
Lorsqu'on s'attelle au barbecue destiné à nourrir la palanquée d'invités de la fête jardinière (garden party, en anglais), on sent rapidement le charbon de bois puis, peu après, la chipolata ou la merguez, voire les deux.
À une lointaine époque, au lieu des saucisses, c'étaient des hommes et même des femmes que l'on brûlait. C'est pourquoi le Cauchon qui fit une flambée de Jeanne d'Arc devait probablement sentir la pucelle grillée.
Pourquoi les brûlait-on, me direz-vous ? Eh bien en l'absence de guillotine ou de chaise électrique, il fallait bien trouver un moyen, extrêmement douloureux si possible, de trucider celui qui était condamné à mort[1]. Or, si aujourd'hui, dans certaines contrées modernistes, le moyen de se débarrasser de femmes adultères, donc méritant la mort, peut être la lapidation, autrefois la justice, plus ou moins juste, pouvait envoyer sur le bûcher les sorcières, les hérétiques et autres personnes auxquelles, à tort ou à raison, on faisait de si gros reproches qu'on considérait devoir les éliminer de la planète.
« Près de lui, vous voyez son fils, cette tête de songe-creux : il le destinait aussi aux arts, à quelque commandement supérieur des violes et des trombones ; mais le jeune homme a mal tourné. Il a professé à Padoue des principes d'une philosophie qui sent le fagot, dit-on, et ses nombreuses découvertes dans des sciences dangereuses pourront bien finir par le brouiller tout-à-fait avec l'Eglise. »
Xavier Boniface, dit Saintine - Le mutilé - 1832
« Pourfendeur des sciences et des arts, fossoyeur de la propriété privée, contempteur de la monarchie, ce bonhomme [Jean-Jacques Rousseau], qui égratigne au passage les médecins, les femmes, les gens de lettres et les Anglais, sent le fagot. »
Olivier Le Naire - L'Express - Article du 11 août 1994
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